02 December 2008 : Libération
Pour Rahul Roy-Chaudhury, les services militaires pakistanais continuent à soutenir des groupes islamistes.
Rahul Roy-Chaudhury est responsable de l'Asie du Sud à l'IISS, l'Institut international des études stratégiques de Londres.
Quels sont les groupes susceptibles d'avoir organisé les attaques de Bombay ?
Il y a plusieurs hypothèses. Le premier groupe auquel on peut penser serait composé de musulmans indiens radicaux, comme les Moudjahidin indiens, responsables d'attaques par le passé. Deuxièmement, ce pourrait être un groupe de jihad islamiste qui aurait ses bases au Pakistan ou au Bangladesh. Au Pakistan, les plus connus sont le LeT (Lashkar-e-Toiba, au Cachemire, disputé entre les deux pays) et le Jaish-e-Mohammed (JeM). Enfin, il pourrait s'agir d'un groupe hybride formé d'un groupe indien et d'un groupe jihadiste, avec une mentalité "al-qaediste" et des membres venus de plusieurs pays.
Selon certaines informations, des Britanniques auraient participé à ces attaques. Cela vous paraît possible ?
Dans ce que j'appelle le groupe hybride, il peut très bien y avoir des Britanniques d'origine pakistanaise. Certains Britanniques ayant des liens avec des organisations extrémistes au Pakistan ont déjà été impliqués dans des attaques terroristes, comme lors des attentats de Londres en juillet 2005. On pourrait citer le cas de Rachid Rauf, le Britannique supposé responsable du "complot transatlantique"[qui visait à faire exploser en 2006 plusieurs avions entre Londres et les Etats-Unis, ndlr]et qui s'était enfui au Pakistan avant d'être tué par un tir de missile américain il y a deux semaines. Omar Cheikh[considéré comme le responsable de l'enlèvement et l'assassinat du journaliste Daniel Pearl en 2002],un Britannique éduqué à la London School of Economics, a été impliqué dans des enlèvements de touristes étrangers en Inde en 1993.
L'Inde a accusé le Pakistan d'être derrière les attaques de Bombay. A-t-elle des preuves ?
Dans le passé, elle l'a toujours fait, comme après l'attaque contre le Parlement indien en 2001, par exemple. Cette fois, elle affirme que les auteurs des attentats ont des"liens"avec le Pakistan. L'Inde ne pense pas que les attentats ont été planifiés par le gouvernement pakistanais. En revanche, elle pense sans doute qu'un groupe - ou des groupes - basé au Pakistan et ayant eu - ou ayant encore - des contacts avec certains éléments des renseignements pakistanais est derrière ces attentats. Des liens ont existé entre le renseignement pakistanais et le LeT ou le JeM, au Cachemire, quand les services géraient leurs camps d'entraînement. Le gouvernement pakistanais dit aujourd'hui que tout cela est du passé et que ces camps sont fermés. Mais certains ne le sont pas. Les responsables du LeT sont libres d'aller et venir, même si l'organisation a dû changer de nom. Des groupes comme celui-ci ont encore des soutiens au sein des services militaires pakistanais, qui leur apportent sans doute même de l'aide logistique. Pourquoi ? Parce que ces groupes ont des liens avec les talibans afghans et que l'Afghanistan est considéré par les militaires pakistanais comme leur arrière-cour. Restons dans leur logique de service secret : si l'Occident est défait un jour en Afghanistan, il vaut mieux garder des liens avec les talibans...
Que va-t-il se passer maintenant entre l'Inde et le Pakistan ?
Le Premier ministre indien avait qualifié le nouveau président pakistanais, Asif Zardari, d'"ami de l'Inde".Ils se sont récemment rencontrés à New York, des échanges apparemment chaleureux. Les relations sont très bonnes, au plus haut niveau en tout cas. Mais l'Inde met la pression sur Zardari, car elle veut qu'il prenne un contrôle véritable sur l'armée et les services secrets militaires. Sur le long terme, il n'y aura pas forcément une détérioration profonde des relations Inde-Pakistan. Un des objectifs des auteurs des attentats était de casser le rapprochement de ces derniers mois entre les deux pays. Mais l'objectif des deux capitales sera justement peut-être de contrer le terrorisme en se rapprochant encore plus.
Quelles peuvent être les conséquences sur la situation politique en Inde, à l'approche des élections générales de mai ?
Le gouvernement pourrait être accusé de ne pas en avoir fait assez sur les problèmes de sécurité. Mais tout le monde a pu voir que les forces de police ont fait tout leur possible. Le Parti du congrès peut-il perdre les élections à cause de ces attentats ? Je ne le crois pas. Les gens votent en fonction de leurs préoccupations quotidiennes, leurs conditions de vie, le prix de l'alimentation, l'accès à l'eau ou à l'électricité.