Entretien Par Laurent Sierro, ATS
Genève (ats) Les défis sécuritaires du 21e siècle montrent que la force militaire ne suffit pas. Le professeur de l'Université de Harvard Joseph Nye, à l'origine du "soft power", un pouvoir des idées, pense que la solution viendra du "smart power", mélange de ces idées et de la force et l'économie.
"Les Etats-Unis ont traditionnellement combiné le ‘hard power' et le ‘soft power’ dans leur culture de politique étrangère. C'est ce qui a permis de gagner la Guerre froide" face à l'Union soviétique, déclare M. Nye dans un entretien accordé à l'ATS en marge de la réunion annuelle de l'Institut international d'études stratégiques de Londres (IISS), le week-end dernier à Genève.
La guerre en Irak constitue d'ailleurs un bon exemple que la force militaire ne suffit pas. "Nous devons combiner les deux" volets du pouvoir, estime-t-il.
L'ancien secrétaire américain adjoint à la défense sous la première administration de Bill Clinton co-dirige une commission sur ce "smart power" avec l'ancien secrétaire d'Etat adjoint républicain Richard Armitage.
Mise en garde contre l'arrogance
Cette commission, créée par le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington, doit rendre ses conclusions dans un rapport prévu début novembre. M. Nye a également publié récemment un livre sur cette question.
Avant la publication du document du CSIS, il indique déjà que les Etats-Unis ont dépensé trop d'argent au Pentagone et pas suffisamment dans l'aide au développement et la sensibilisation des opinions publiques étrangères à sa politique. Il estime que les Etats-Unis "n'ont pas compris le Proche et le Moyen-Orient". Pour connaître une région, "vous devez écouter", estime-t-il.
Dans son intervention devant près de 300 experts réunis à Genève pour le Forum de l'IISS, il s'est toutefois déclaré persuadé que les Etats-Unis resteraient la puissance dominante au 21e siècle, surtout dans le domaine militaire, à condition notamment qu'ils ne soient pas “arrogants".
Mais il faut également selon lui éviter une surmilitarisation américaine, que n'interviennent pas une série de catastrophes qui poussent les Etats-Unis vers l'isolationnisme et que Washington intègre les intérêts des autres nations dans ses politiques.
L'échiquier du monde sera sur trois niveaux: militaire, économique et les nouvelles menaces.
Approché par des candidats
Sur ces nouvelles menaces transnationales, il pense que les pandémies devraient inciter les gouvernement à donner plus d'argent à des institutions comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Il estime que l'opinion publique américaine est en train de changer sur la question du réchauffement climatique et que de grandes entreprises comme General Motors (GM) commencent à prendre compte ce problème.
Démocrate convaincu, âgé de 70 ans, M. Nye a formé à Harvard de nombreux dirigeants de différents gouvernements sur les questions de sécurité internationale. Dans son entretien avec l'ATS, il dit vouloir continuer à "enseigner et écrire". Il aurait été approché par quelques candidats démocrates à la présidentielle de 2008, mais n'en dit pas plus pour le moment.
Il avoue toutefois qu'il y a parmi les candidats des gens avec lesquels il ne pourrait pas travailler, "mais dans l'autre camp", sans citer de noms.
M. Nye a occupé d'importants postes au Département d'Etat et au Département de la défense et il a dirigé en 1993 et 1994 le Conseil national du renseignement (NIC), organe chargé de coordonner les évaluations du renseignement pour le président.