"Le Hezbollah ne tente pas de gagner militairement contre Israël", indique Andrew Brookes, de l'Institut international d'études stratégiques (IISS). "Ils pourraient aussi bien remplacer les caméras par des explosifs et les envoyer en piqué, puisque le but est de rendre la vie désagréable (aux populations civiles) jusqu'à ce que les Israéliens se tournent vers leur gouvernement et lui demandent de trouver un accord".
Le Hezbollah met en oeuvre des drones face à Israël au Liban, mais l'utilité de ces avions sans pilote pour le mouvement chiite semble avant tout psychologique, indiquaient mardi des experts à l'AFP.
Même si le rôle des drones ne peut être décisif dans ce conflit, leur usage appuie l'idée selon laquelle le Hezbollah est une formation moderne et efficace.
L'armée israélienne a abattu lundi, pour la première fois depuis le début des hostilités le 12 juillet, un drone du Hezbollah au-dessus des eaux territoriales de l'Etat juif. Selon un porte-parole de Tsahal, l'appareil n'était pas armé et "servait surtout à la propagande" du mouvement.
Les armées utilisent deux types de drones. Les premiers photographient et filment. Les plus modernes transmettent leurs images au moment où elles sont prises, les autres nécessitant que les films soient développés à leur retour. Le second type de drones peut emporter des bombes.
Ces drones armés appartiennent à "une technologie nouvelle, très fine", explique un expert militaire français. Il supposent de "maîtriser des technologies assez élaborées et un cycle industriel dont le Hezbollah ne dispose pas".
Le groupe libanais possèderait "jusqu'à huit ou neuf drones produits par l'Iran", détaille le Britannique Tim Garden, de Chatham House, l'Institut royal des affaires internationales.
Selon le groupe de consultants Jane's, interrogé par l'AFP, il s'agirait de drones Ababil, en service en Iran depuis la fin des années 1990. Ces appareils peuvent être lancés depuis la terre ou du pont d'un navire. La version la plus répandue, l'Ababil II, n'est pas armée.
Ces modèles "sont conçus en premier lieu pour la reconnaissance et le renseignement", selon la même source. "Ils pourraient porter de petites charges explosives, mais ne sont pas faits pour cela".
Selon Tim Garden, les drones du Hezbollah ont un rayon d'action "allant de 50 à 150 km". Ils sont "relativement lents" mais petits, leur envergure de 3 mètres les rendant "difficiles à identifier par les forces israéliennes".
De son côté, l'expert français suggère que l'appareil abattu lundi était "de fabrication artisanale". C'était "probablement un petit avion téléguidé, peut-être équipé d'une caméra. Mais comme il a été pris au-dessus de la mer, loin des côtes, il est peu probable qu'il ait envoyé en temps réel des infos".
"Les attaques du Hezbollah sont effectuées avec des missiles non guidés", rappelle Tim Garden, "donc ce type d'informations ne servirait pas à grand-chose de toutes façons".
D'après ces experts, l'intérêt des drones pour le Hezbollah est surtout psychologique.
"Le Hezbollah ne tente pas de gagner militairement contre Israël", indique Peter Brookes, de l'Institut international d'études stratégiques (IISS). "Ils pourraient aussi bien remplacer les caméras par des explosifs et les envoyer en piqué, puisque le but est de rendre la vie désagréable (aux populations civiles) jusqu'à ce que les Israéliens se tournent vers leur gouvernement et lui demandent de trouver un accord".
En utilisant des drones, le mouvement chiite se distingue également d'un groupe rebelle "en montrant des capacités militaires", note Tim Garden.
L'envoi des drones a "un intérêt diplomatique pour le Hezbollah", complète le spécialiste français, "mais aussi pour Israël, qui justifie ainsi l'ampleur de sa réaction militaire".