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Jul 30th - - Le Temps - «Pour se protéger, le Royaume-Uni doit accepter que ces attaques vont continuer»

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Le Temps: Comment jugez-vous, trois semaines après les attentats meurtriers du 7 juillet, la façon dont les forces de sécurité et les autorités ont réagi?

Christophe Langton: En dehors de la réponse logistique et médicale à la situation de catastrophe, dans l'urgence, qui a été excellente, la première phase, qui a suivi les premières explosions, a été extrêmement rapide et fructueuse. La deuxième attaque, certes manquée, a un peu pris de court les services de sécurité. Elle a démontré que les groupes terroristes étaient mieux organisés que ce que l'on avait pensé, que quelqu'un de très talentueux avait réussi à préparer des cellules au Royaume-Uni, vivant séparément avec, sans doute, une connaissance de leur existence réciproque, et prêtes à être «déclenchées». La réponse tactique des forces de sécurité n'a comporté aucune surprise, mais j'ai été frappé par l'utilisation massive des médias, à la fois pour informer et pour demander des informations au public. Cette utilisation pourrait avoir été trop rapide, pourrait avoir surtendu la situation, davantage que les services de sécurité ne l'auraient souhaité. C'est devenu immédiatement une affaire d'Etat, et cette pression peut expliquer, en partie, la bavure du métro à Stockwell (ndlr: où un innocent a été abattu). Enfin, le rythme des événements a indéniablement mis à l'épreuve les ressources humaines des forces de sécurité, et des éléments de fatigue apparaissent.

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30th July 2005: Le Temps
 
Christopher Langton, analyste militaire, explique comment Londres doit agir. Interview.

Par Propos recueillis par Thierry Meyer.

Colonel de l'armée britannique, Christopher Langton a notamment commandé, au cours de ses trente-deux ans de carrière militaire, des opérations en Irlande du Nord. La lutte antiterroriste, il connaît bien. Aujourd'hui directeur du département d'analyse de défense à l'International Institute of Strategic Studies (IISS) de Londres, l'un des think tanks les plus réputés du monde en la matière, il dissèque pour Le Temps la réponse des autorités britanniques aux frappes terroristes des 7 et 21 juillet, et donne quelques pistes pour combattre la menace à long terme.

Le Temps: Comment jugez-vous, trois semaines après les attentats meurtriers du 7 juillet, la façon dont les forces de sécurité et les autorités ont réagi?

Christophe Langton: En dehors de la réponse logistique et médicale à la situation de catastrophe, dans l'urgence, qui a été excellente, la première phase, qui a suivi les premières explosions, a été extrêmement rapide et fructueuse. La deuxième attaque, certes manquée, a un peu pris de court les services de sécurité. Elle a démontré que les groupes terroristes étaient mieux organisés que ce que l'on avait pensé, que quelqu'un de très talentueux avait réussi à préparer des cellules au Royaume-Uni, vivant séparément avec, sans doute, une connaissance de leur existence réciproque, et prêtes à être «déclenchées». La réponse tactique des forces de sécurité n'a comporté aucune surprise, mais j'ai été frappé par l'utilisation massive des médias, à la fois pour informer et pour demander des informations au public. Cette utilisation pourrait avoir été trop rapide, pourrait avoir surtendu la situation, davantage que les services de sécurité ne l'auraient souhaité. C'est devenu immédiatement une affaire d'Etat, et cette pression peut expliquer, en partie, la bavure du métro à Stockwell (ndlr: où un innocent a été abattu). Enfin, le rythme des événements a indéniablement mis à l'épreuve les ressources humaines des forces de sécurité, et des éléments de fatigue apparaissent.

- Y a-t-il eu, comme l'affirment certains, une «faille des services de renseignement» qui a permis aux kamikazes de perpétrer leur acte?

- Le concept de la «faille des renseignements» est un cliché bien trop usité. L'Etat le mieux protégé du monde aura plein de «failles de renseignements» si c'est un Etat démocratique. Nous devons l'accepter. Il n'y a pas de garantie. Et nous n'assistons pas à un événement de type 11 septembre, où les divers services de renseignement ne travaillaient plus correctement ensemble. Enfin, il ne faut pas oublier que ces événements concernent d'abord la police.

- Comment Londres peut-elle se défendre, à long terme?

- Londres n'est pas attaquée au sens strict, elle ne peut donc monter une opération défensive au sens classique du terme. Elle peut tenter de se protéger et, paradoxalement, pour le faire elle doit d'abord accepter l'idée que de tels attentats vont se reproduire. Toute la technologie du monde ne les empêchera pas. Et si l'on tente de sécuriser le métro, des bombes exploseront ailleurs, à l'opéra, dans les stades... Il faut donc continuer avec des mesures de sécurité aléatoires, et surtout avec l'appel à la vigilance de la population. Mais, à long terme, le plus important est d'instaurer un dialogue profond avec les communautés d'où émanent les kamikazes, pour convaincre les jeunes qui se sentent désenchantés, désorientés, de l'inanité de la réponse fondamentaliste. Ce dialogue a commencé, mais il y a encore beaucoup à faire.

- Faut-il mieux surveiller Internet?

- C'est très difficile de le faire isolément, pays par pays, surtout en démocratie. La lutte est aussi difficile parce que certains sites qui propagent l'idéologie de la terreur n'existent que quelques heures, puis disparaissent. La contre-propagande sur Internet peut être un outil, mais la coopération internationale est cruciale.

- A ce propos, la lutte antiterroriste peut-elle compter sur le Pakistan?

- C'est un problème complexe, parce que le Pakistan est un pays complexe. Les leaders politiques, y compris Tony Blair, ont joué le jeu traditionnel de la rivalité entre Etats, ce qui est totalement inadéquat. Oui, certains des kamikazes sont originaires du Pakistan, mais cela ne signifie pas qu'ils ont un lien avec l'entité étatique que nous appelons Pakistan. Ce n'est pas non plus parce qu'un kamikaze présumé se rend dans une madrasa que c'est cette visite qui l'a transformé en terroriste. Je connais des madrasa merveilleuses, toutes ne visent pas à mettre sur pied un réseau terroriste. Le Pakistan est encore un Etat émergent, dont certains des nombreux groupes ethniques ne reconnaissent pas le gouvernement, ayant vécu depuis cinquante ans en autonomie. Ils se retrouvent aujourd'hui au milieu d'une soi-disant guerre contre la terreur... Il ne sert à rien de considérer cette situation avec les yeux de l'Occident. Le président Musharraf doit agir sur plusieurs fronts à la fois, les mollahs des frontières nord-ouest où règne une industrie illégale des armes et où ses hommes ne peuvent intervenir, Karachi, le Cachemire... La structure sociale clanique du Pakistan, ses divisions religieuses, renvoient à la Grande-Bretagne du début du XVIIe siècle. Nous devons le comprendre, et saisir la fragilité de la position de Musharraf.

- Peut-on tirer des parallèles entre le terrorisme islamiste et l'IRA?

- Au moins un: nous avons affaire à une industrie de la terreur. Les gens qui tirent les ficelles de ces groupes que l'on appelle Al-Qaida vivent de cette terreur, l'argent coule à flots, ils ne sont pas dans le besoin, mais ils ont besoin de la perpétuation du conflit pour maintenir leur business. La différence, au moins initiale, c'est que ces réseaux ou ces groupes n'ont pas d'objectif défini: un territoire, une idéologie. Ils utilisent la religion comme prétexte. Et ils savent se nourrir du terrain fertile que constitue la rage générée, chez des jeunes désorientés et déconnectés, par les inégalités de nos sociétés. Ils savent aussi utiliser un ressentiment global, ponctuel, pour exacerber ces jeunes: c'est là qu'intervient la guerre en Irak. C'est un point central et une excuse - car, en ce moment, il y a surtout des musulmans qui tuent d'autres musulmans... De manière simple, on peut aussi considérer que la perversion de la notion de «nation musulmane» donne lieu à l'établissement d'une «armée», qui se bat avec des moyens asymétriques.