L'institut de réflexion stratégique IISS de Londres a brossé mardi un sombre portrait de l'Afghanistan, susceptible de devenir un Etat "défaillant" propice à la propagation de l'extrémisme islamiste, si l'Otan ne parvient pas à vaincre les talibans.
Les difficultés de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) de l'Otan, jusqu'ici "incapable de régler les problèmes" de l'Afghanistan, suscite une "inquiétude croissante" dans la région, remarque l'International Institute for Strategic Studies dans son rapport annuel sur les forces armées dans le monde, "Military Balance 2008".
05 February 2008: AFP
L'institut de réflexion stratégique IISS de Londres a brossé mardi un sombre portrait de l'Afghanistan, susceptible de devenir un Etat "défaillant" propice à la propagation de l'extrémisme islamiste, si l'Otan ne parvient pas à vaincre les talibans.
Les difficultés de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) de l'Otan, jusqu'ici "incapable de régler les problèmes" de l'Afghanistan, suscite une "inquiétude croissante" dans la région, remarque l'International Institute for Strategic Studies dans son rapport annuel sur les forces armées dans le monde, "Military Balance 2008".
Un échec de l'Otan aurait pour effet d'encourager "l'extrémisme islamiste (pas seulement en Afghanistan)", de créer "un Etat +défaillant+ dans une zone d'importance stratégique", et d'offrir "un refuge aux organisations terroristes et au commerce de la drogue", selon l'institut.
"Cela affaiblirait également la crédibilité de l'Otan pour sa première opération majeure sur un théâtre militaire extérieur", affirme l'IISS, qui estime qu'en dépit des efforts de l'Alliance, le gouvernement afghan "n'impose pas encore son autorité sur une grande partie du pays".
Même si "les opérations communes entre les forces afghanes et l'Isaf ont permis d'améliorer la sécurité dans certaines zones", l'Isaf souffre d'un manque de ressources en hommes et en équipements. Elle est aussi pénalisée par les "conditions" posées par plusieurs gouvernements occidentaux quant à l'utilisation de leurs soldats.
Les Etats-Unis font actuellement une intense campagne diplomatique pour convaincre leurs alliés de l'Otan de déployer plus de troupes de combat dans le sud afghan afin de s'opposer aux talibans, qui avaient été évincés du pouvoir fin 2001 par une coalition dirigée par Washington.
La France et l'Allemagne en particulier ont été sollicitées. Paris a réservé sa réponse, insistant sur la nécessité d'une stratégie "globale". Berlin a catégoriquement refusé, rappelant son mandat qui exclut un engagement dans le sud, sauf circonstances exceptionnelles et limitées dans le temps.
La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, doit évoquer le sujet mercredi à Londres avec le Premier ministre britannique Gordon Brown et son ministre des Affaires étrangères David Miliband. La Grande-Bretagne dispose de quelque 7.700 soldats en Afghanistan.
Le directeur général de l'IISS John Chipman a enfin regretté la nomination par l'Isaf sans concertation avec Kaboul d'anciens insurgés à des postes administratifs provinciaux. "Ce manque de cohérence jette la confusion (...) et fragilise l'autorité du président (Hamid) Karzaï", a-t-il déclaré, en commentant le rapport.
L'IISS se montre à peine plus optimiste sur l'Irak, où "la situation sécuritaire reste très volatile". "Les opérations effectuées par la coalition et les forces irakiennes ont largement permis d'améliorer la sécurité et réduire la violence", reconnaît-il.
Néanmoins, "il n'est pas certain" que ces progrès militaires trouvent une traduction politique et économique. "Les progrès jusqu'à présent ont été mitigés, avec des avancées dans le développement de l'armée irakienne, mais moins pour la police", juge d'autre part l'IISS.
Si la décision en janvier 2007 du président américain George W. Bush d'accroître les effectifs américains "a énormément réduit la violence envers les militaires et les civils (...) la criminalité, les violences entre milices communautaires et les conflits communautaires restent le lot commun".
Concernant l'Iran, John Chipman a estimé que la publication en décembre d'un rapport des agences de renseignement américaines concluant à la suspension à partir de 2003 par Téhéran de son programme nucléaire militaire avait "enlevé (...) la perspective à moyen terme d'une action militaire américaine".