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10 Sep 02 - Un inventaire de l'arsenal irakien d'armes de destruction massive

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Le Monde
 
Dans un rapport rendu public, lundi 9 septembre, l'Institut international d'études stratégiques (IISS) estime que le régime de Saddam Hussein n'est pas en mesure de développer rapidement l'arme nucléaire. En revanche, Bagdad dispose encore de stocks d'armes biologiques et chimiques
L'Irak pourrait assembler une arme nucléaire en quelques mois s'il obtenait de la matière fissile d'une source étrangère mais, en l'état présent de sa technologie, il semble improbable qu'il en détienne ou soit proche d'en produire d'ici à quelques années.
 
En revanche, l'Irak possède une compétence de base et des capacités industrielles suffisantes pour concevoir des armes biologiques rapidement et en quantités désirées. Enfin, l'Irak est en situation de produire des armes chimiques - gaz moutarde et sarin - dans des délais courts et en tonnages limités à partir d'installations civiles existantes. Et Bagdad a probablement conservé un petit stock d'une douzaine de missiles Al-Hussein, qui mettent tout le Proche-Orient à sa portée.
 
C'est un état des lieux de l'arsenal irakien de destruction massive que l'Institut international d'études stratégiques (IISS), basé à Londres, dresse dans un dossier d'une centaine de pages, rendu public lundi 9 septembre, à deux jours du premier anniversaire des attentats terroristes contre New York et Washington.
 
Les auteurs de ce document précisent bien qu'il ne s'agit pas d'appuyer la thèse selon laquelle cet arsenal de destruction massive, dans les mains de Saddam Hussein, "est un casus belli en soi". Mais ils ne peuvent pas faire comme s'ils ignoraient que George W. Bush ambitionne de démanteler la panoplie irakienne, via un changement de régime à Bagdad, un objectif que son père, du temps où il était lui aussi à la Maison Blanche, n'a pas pu atteindre en 1991.
 
Même si l'IISS est un centre de recherche indépendant du gouvernement britannique, la conclusion de son dossier rappelle un argument de Tony Blair : "Attendre, et la menace grandira." Mais c'est pour ajouter aussitôt : "Frapper, et la menace peut être utilisée." L'IISS invite donc les responsables politiques à évaluer correctement les risques inhérents à ce dilemme.
 
Conçue largement à partir du travail des inspecteurs de l'ONU et de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) chargés de contrôler et de détruire l'arsenal irakien entre juin 1991 et décembre 1998, l'étude de l'IISS tente un diagnostic des programmes d'armement qui ont dû être poursuivis après. Une "expertise technique" dont il n'est pas caché qu'elle est difficile, controversée, non exhaustive, et qu'elle présente parfois "une gamme de possibilités" les plus plausibles, à défaut de certitudes.
 
Pourquoi tant de modestie, voire d'esprit de doute, face à un problème majeur ? D'abord, parce que les Irakiens sont passés maîtres dans l'art de déjouer les contrôles, de camoufler, de se protéger par des mensonges ou des demi-vérités, à propos aussi bien de leurs succès que de leurs échecs. Ensuite, parce qu'"il est impossible de fournir un décompte exact" de la réalité irakienne, en dépit de contributions de transfuges ou d'exilés hostiles à Saddam Hussein, comme le général Hussein Kamel, l'ancien chef des services irakiens, qui s'est réfugié en Jordanie en août 1995.
 
"Notre objectif, écrivent les auteurs du document, est d'inventorier aussi précisément que possible et sans passion les capacités actuelles de l'Irak en matière d'armes nucléaires, biologiques, chimiques et de missiles balistiques." Même s'il fut de longue haleine, leur travail tombe aujourd'hui à pic.